Je n’aime pas Julien Dray.
Le personnage ne m’a jamais été sympathique, le ton péremptoire que l’homme emploie systématiquement quand il parle politique m’a toujours énervé et sa passion pour les montres de luxe ne redore pas son blason.
Pour aller jusqu’au bout la page Wikipedia à son sujet trace le portrait d’un carriériste comme le PS en connaît trop.
Et bien pourtant je trouve honteuse la façon dont le système politico-médiatico-juridique l’a exclu des listes des régionales.
Ce n’est pas tant le cas personnel qui me révolte : Julien Dray ne vit pas sous les ponts, il n’est pas question de prison.
Mais son exclusion si elle est temporaire dans la forme a tous les aspects d’une exclusion définitive de la vie politique.
C’est cela qui me révolte :
Aujourd’hui le système est tel qu’il peut condamner implacablement, sans possibilité de défense, en toute hypocrisie, alors que rien n’est reproché explicitement à l’accusé.
Explications .
Quand les paradoxes de la justice française enclenchent le piège :
Le 10 Décembre 2008 Julien Dray est sous le coup d’une enquête préliminaire.
Pour résumer: un système de contrôle décèle d’importants transferts d’argent sur ses comptes bancaires. La justice demande alors à la police de faire une enquête préliminaire pour vérifier s’il y a quelque chose de répréhensible.
Présomption d’innocence oblige, cette enquête est théoriquement secrète afin de ne pas vouer aux gémonies un innocent…
Il n’y a pas encore de convocation devant la justice, judiciairement il n’a rien d’officiel. Les avocats de la défense n’ont donc pas à avoir accès au dossier. C’est une première étape du piège…
Quand les médias s’en mêlent :
Arrive la deuxième étape, la plus grave, celle qui va tout lancer.
Le 14 Janvier 2009 des fuites sur l’enquête préliminaire ont eu lieu dans la presse. Il est alors de notoriété publique que Julien Dray aurait vu de très fortes sommes passer par ses comptes.
C’est là ou l’on voit le machiavélisme du système.
Julien Dray ne peut rien faire au niveau juridique : C’est une enquête préliminaire, il n’est accusé de rien, ses avocats ne peuvent donc pas vérifier les élément sortis dans la presse.
Il ne peut pas faire grand chose non plus au niveau médiatique : on parle au conditionnel de transferts énigmatiques de très grosses sommes d’argent. Ces sommes auraient servi notamment à l’achat de montres de grand luxe. Rien n’est dit explicitement mais le portrait en filigrane est celui d’un homme qui se dit à gauche tout en menant un train de vie princier.
N’ayant pas eu accès au dossier Julien Dray, il ne peut réagir avec des contre-arguments factuels. Il s’arque-boute sur le principe de l’innocence ce qui ne fait qu’aggraver le portrait du politique obnubilé par sa carrière.
Quand les politiques finissent le travail :
Arrive ce mois de Novembre. Il faut désigner la tête de liste départementale pour l’Essonne pour les régionales de 2010. Julien Dray, sortant, est écarté par sa fédération avec une hypocrisie confondante.
Ceux qui ont pris la décision se prévalent de la présomption d’innocence mais virent Julien Dray de la liste. Aucun commentaire explicite des intéressés mais l’affaire juridico-médiatique ressort en filigrane à chaque déclaration.
Voici leur déclaration :
“« Les responsables socialistes ont réaffirmé leur soutien à Julien Dray face à l’insupportable feuilleton judiciaire et au lynchage médiatique dont il est victime depuis plus d’un an. Ils ont également souhaité confier la tête de la liste qu’ils ont composée à Carlos Da Silva.”
On appréciera la relation de cause à effet entre la première et la deuxième phrase de la déclaration.
On a poussé le supplice en donnant un caractère conservatoire à cette décision. Si la Justice décide ne pas poursuivre Julien Dray il sera retenu.
On peut déjà s’étonner du fait que bien que la justice démarre véritablement une enquête sur Julien Dray, il n’en est pas pour autant coupable. Mais le plus “drôle” c’est que cette décision de justice de poursuivre ou non Julien Dray aura lieu après la validation nationale des listes.
Comme le dit l’intéressé dans son blog le risque est grand de se voir entendre : “mais voyons Julien, oui, tu as été blanchi, mais c’est trop tard, les listes ont été validées et bouclées au plan national …”
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2 commentaires ↓
1 Amélie // déc 3, 2009 at 11:02
je crois qu’il ne faut pas confondre une campagne électorale et un tribunal.
je suis désolée d’être encore d’accord avec Benoît Hamon mais “la question était de savoir si le fait qu’il soit candidat était une bonne chose pour le parti”.
Concrètement, s’il était tête de liste, à quoi le PS s’exposerait-il ? Il s’exposerait à devoir justifier à longueur de temps le fait d’avoir choisi, entre des tas de militants socialistes valables, une personne sur laquelle pèsent des soupçons sur des questions de probité. donc au lieu de parler transports, culture, lycées ou je ne sais quoi, tous les autres candidats auraient été interpelés sur ce sujet…
et il se trouve que les citoyens ne sont pas tous magistrats, et qu’ils ne jugent pas sur des critères légaux mais sur des critères politiques et moraux.
Comme tu l’écris “Si le candidat Julien Dray ne porte pas assez haut les couleurs du Parti Socialiste qu’on en débatte ! Son bilan est il bon, son programme solide ? Quel est l’impact réel de son image actuelle sur les chances de victoire ?” Sauf que ce n’est pas aux instances socialistes de solliciter cela c’est à celui qui estime devoir être candidat qu’il revient de montrer en quoi il sera une meilleure tête de liste que le premier secrétaire fédéral de l’Essonne. J’utilise ce titre volontairement pour rappeler que cette personne a été élue par les militants de l’Essonne qui ont donc considéré que c’était une personne de qualité.
Plus Julien Dray dira que c’est une question de principe pour lui, moins je serai pour ma part favorable à ce qu’il soit réintégré. on n’est pas élu parce qu’on doit l’être sur une question de principes, on est élu pour faire des choses.
il aurait pu au moins diffuser une profession de foi, comme on le fait généralement pour les élections internes, et qu’il nous dise en quoi il est meilleur que la tête de liste choisie par les représentants démocratiquement élus des militants de l’Essonne.
2 claude.b // déc 3, 2009 at 12:56
Felicitations pour cet article remarquable tant pour sa clarté que pour son argumentation politique et juridique.
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