“Le patronat réel qui est le nôtre n’est pas le même que le patronat de gestion. Nous, nous risquons notre argent et nos salariés. Il n’y a pas de filtre. Les hommes et les femmes, pour nous, c’est une valeur ajoutée. Pour eux, c’est une valeur d’ajustement.”
C’est une déclaration de François Turcas. Vous trouverez le texte complet dans libé Lyon.
Ce patron fait la différence entre le patronat “réel” i.e ces patrons qui possèdent leur entreprise, sont face à leurs employés et un patronat de gestion qui n’a aucune attache avec l’entreprise qu’il gère et siège à des centaines de kilomètres de la majorité des salariés. Comme le dit M. Turcas :
“les patrons des grands groupes, ils peuvent bouffer le capital de l’entreprise, licencier, et partir avec une fortune. Dans quel monde on vit ? On se fout de la gueule des gens, et ça craque”
En fait M. Turcas met le doigt sur l’un des nombreux problèmes du capitalisme actuel.
En effet, un nombre croissant de dirigeants est de plus en plus éloigné du “monde réel”. Comme le dit Jean-François Kahn dans son ouvrage “les bullocrates”: ces dirigeants vivent dans une bulle déconnectée de la réalité des entreprises qu’ils dirigent. Ils sont à des centaines voire à des milliers de kilomètres des usines, n’ont que rarement mis un pied dans les restaurants, magasins etc qu’ils dirigent. A voir l’actualité récente il n’est pas rare qu’ils dirigent une entreprise dès leur arrivée, sans donc parfaitement connaitre ses spécificités et partent quelques années plus tard avec une somme astronomique quel que soit le résultat obtenu.
Le pire n’est peut être pas que ces personnes semblent vivre telle une caste considérant qu’elle a droit à des revenus incroyables, au sens premier du mot, par son seul statut de “dirigeant”;
le pire est que nous vivons dans un système où celui qui a le pouvoir ne connait même pas ceux qu’il dirige. Que l’on décide à Paris, New York du sort de milliers de personnes à Blanquefort, La Rochelle, Shangaï etc… sans les avoir jamais vues, sans même connaître exactement les portées de nos décisions.
Nos décisions, car le pire est que paradoxalement nous faisons partie de cette bulle sans en avoir réellement conscience.
Il suffit d’un simple PERP où vous versez 10 euros par mois pour être actionnaire. Placer de l’argent dans une banque, hors Livret A qui a des conditions spécifiques, revient à voir son argent potentiellement placé sur le marché des actions.
Ainsi, une bonne partie d’entre nous fait partie du système.
Il n’est pas impossible que quelque part dans le monde à cet instant précis, une personne mandatée pour gérer votre argent soit en train d’expliquer dans un conseil d’administration que pour le faire fructifier, il est nécessaire de “dégraisser” dans une entreprise qui n’est autre que…la vôtre.
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