Soirée avec des anciens collègues de boulot. Tout se passe bien, nous défendons, avec un certain acharnement il faut le dire l’économie locale1. Les blagues fusent. En toute modestie, j’ai une patate d’anthologie et fais rire à gorge déployée mes petites camarades.
On parle de tout, surtout de banalités, quand un pote me dit : « Et au fait la politique, t’en es où ? »
Et là c’est le drame.
Je raconte ce qu’il se passe à Talence et vois presque immédiatement les visages se fermer un à un. Je me dis alors que le sujet politique est un peu délicat et qu’il faut que je détaille la situation. Ma collègue d’en face trouve soudainement un interêt très vif pour son morceau de pain tandis que celui qui avait posé la question montre la même expression que ces vedettes qui viennent de dire une énorme connerie à la télévision et qui essaient de garder une certaine dignité devant la caméra…
Je dois alors faire un terrible constat : je parle comme Manuel Valls….
J’ai exactement ce vocabulaire de socialiste qui a passé trop de temps en section. Je n’ai pas assez de recul pour vous faire une liste des termes et expressions qui nous font parler, même nous simples militants, avec ce vocabulaire qui nous est propre. Je vais juste en prendre un : lien social. Dans la discussion, je n’ai pas dit : « Les gens ne parlent pas beaucoup entre eux à Talence ». J’ai dit « Cette ville manque de lien social ».
Pour revenir à Manuel Valls, il est sûrement un de ceux qui parlent cette espèce de « rosisme » le plus emblématique. Ces discours qui nous bougent bien sur notre aile droite, je n’arrive jamais à les écouter tellement ils sont un cliché de notre façon de parler. Ça me rappelle ces médecins qui disent « céphalées » au lieu de « mal de tête »…Nous avons en politique2, comme dans certaines professions, un vocabulaire particulier. Autant on peut comprendre qu’un médecin utilise ce vocabulaire pour se donner une contenance, autant en politique nous devrions avoir un vocabulaire simple et compréhensible par tous. Cela ne va pas rendre du jour au lendemain un débat sur le budget de la sécurité sociale passionnant pour la fameuse ménagère de moins de 50 ans mais nous passerons pour des gens moins détachés du monde.
Alors ne le répétez pas mais à la prochaine soirée entre collègues, je retente de parler de Talence où l’on ne parle pas assez entre nous…
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